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Invendus alimentaires : le guide pour donner sans risque (et sans y être obligé)

AGhislain Nzukoue·01 octobre 2026·5 min de lecture

Donner ses invendus alimentaires est possible, encadré, et — pour la plupart des commerces afro-caribéens de moins de 400 m² — totalement volontaire. DDM, DLC, convention, bon de retrait, réduction d'impôt à 60 % : le guide complet, étape par étape.

Un sac de riz dont la date « à consommer de préférence avant » est dépassée, douze pots de pâte d'arachide qui n'ont pas trouvé preneur, une palette de boissons en fin de rotation. Le réflexe le plus courant est de les jeter, ou de les brader en espérant limiter la perte. Il existe une troisième option, encadrée et sûre, que la plupart des commerçants n'explorent jamais : le don. Ce n'est ni compliqué ni risqué — à condition de respecter quelques règles précises.

Étagères de denrées non périssables dans une structure de don alimentaire

Ce n'est pas une obligation pour la plupart des commerces Afasin

La loi française (loi Garot du 11 février 2016) oblige les magasins alimentaires de plus de 400 m² à passer une convention de don avec une association habilitée, sous peine d'amende. Mais l'immense majorité des commerces du réseau Afasin — épiceries, boutiques de quartier — sont en dessous de ce seuil. Ce qui veut dire une chose importante : donner n'est pas une contrainte légale pour vous, c'est un choix. Les petits commerces peuvent conclure volontairement une convention de don avec une structure habilitée qui en fait la demande, exactement avec le même cadre de sécurité que les grandes surfaces. Autrement dit, vous avez accès au même outil, sans l'obligation — ce qui en fait un vrai argument d'image plutôt qu'une corvée administrative.

Quels produits sont valorisables ?

C'est là que l'épicerie afro-caribéenne a un vrai avantage : une grande partie de son catalogue est faite de produits secs ou transformés, à longue conservation, parfaitement adaptés au don.

  • riz, semoule de maïs, farine
  • manioc transformé, attiéké emballé
  • pâte d'arachide, huiles, sauces
  • conserves, épices, biscuits, céréales
  • lait en poudre, boissons
  • produits surgelés (sous conditions de chaîne du froid)

Mais la présence d'une date dépassée ne suffit jamais, à elle seule, à décider. Il faut distinguer deux types de dates, et ne pas les confondre.

DDM et DLC : deux logiques complètement différentes

La DDM (« à consommer de préférence avant »), qui concerne riz, farine, pâtes, conserves, biscuits, n'est pas une date de sécurité — elle indique une qualité optimale, pas un danger. Une DDM dépassée ne rend pas automatiquement un produit impropre au don.

La DLC (« à consommer jusqu'au »), qui concerne les produits frais et surgelés, relève d'une logique sanitaire beaucoup plus stricte. Pour ces produits, le don doit normalement être pris en charge au moins 48 heures avant l'expiration, sauf si l'association peut elle-même justifier qu'elle est en capacité de redistribuer le produit avant l'échéance.

DDM dépassée ≠ automatiquement poubelle. Mais DDM dépassée ≠ automatiquement don non plus. Chaque produit doit être contrôlé individuellement — emballage intact, pas de rupture de la chaîne du froid, étiquetage lisible.

Le tri reste de votre responsabilité

Avant tout don, c'est au commerçant de vérifier l'état de l'emballage, l'état général du produit, la date, les conditions de conservation et, si nécessaire, le lot. L'association, de son côté, garde le droit de refuser tout produit qu'elle juge impropre, mal conservé, ou qui ne respecte pas les exigences d'hygiène — c'est une sécurité à double sens, pas une formalité à sens unique.

La convention : l'élément qui protège tout le monde

C'est la pièce centrale du dispositif. Une convention de don, établie avec une association habilitée, doit préciser : qui trie les produits, qui vient les récupérer, comment ils sont transportés et stockés, qui est responsable de quoi, comment la traçabilité est assurée, et comment le don est enregistré. Le ministère de l'Agriculture met à disposition des modèles de convention prêts à l'emploi.

À chaque remise, un bon de retrait doit être établi : il mentionne les produits, les quantités, et porte la mention « marchandise vérifiée et conforme » apposée par l'association après son propre contrôle. Ce document est votre preuve — à conserver précieusement, y compris pour la suite.

Exemple concret

Un commerce identifie en rayon : 12 pots de pâte d'arachide et 20 sachets de semoule de maïs à DDM proche, 8 bouteilles d'huile rouge et 15 paquets de biscuits à DDM dépassée, 5 poissons congelés à DLC dans 10 jours. Plutôt que de tout regrouper dans une même caisse « don », le commerçant sépare : ce qui est encore vendable part en promotion ou déstockage, ce qui est conforme mais invendable part au don, ce qui ne l'est plus est exclu. Un bordereau liste précisément chaque produit et quantité donnés. L'association récupère, contrôle, et signe le bon de retrait. Le commerçant conserve le justificatif.

Et la réduction d'impôt ?

C'est le deuxième bénéfice, souvent ignoré. Les dons alimentaires à un organisme éligible ouvrent droit à une réduction d'impôt au titre du mécénat (article 238 bis du Code général des impôts), à hauteur de 60 % de la valeur du don. Un point technique à connaître : cette valeur est calculée sur le prix de revient du produit (ce qu'il vous a coûté), pas sur son prix de vente. Mais attention : donner à n'importe quelle structure ne suffit pas — l'organisme bénéficiaire doit être éligible au dispositif fiscal et en mesure de délivrer le justificatif requis par l'administration.

L'opportunité pour le réseau Afasin

Ce cadre réglementaire bien maîtrisé peut devenir un vrai outil de gestion, pas seulement une case à cocher. Un réseau comme Afasin pourrait mettre en relation ses commerçants avec des associations habilitées localement, centraliser les modèles de convention et de bordereau, et à terme — avec les outils de gestion de stock déjà en place côté Afasin System — alerter automatiquement un commerçant quand des produits approchent de leur échéance, avant de lui proposer trois options dans l'ordre : promotion, déstockage, don. Ce qui est aujourd'hui une contrainte réglementaire pour les grandes surfaces devient, pour un commerce afro-caribéen de moins de 400 m², un levier choisi : moins de perte sèche, une vraie preuve d'engagement communautaire, et une réduction d'impôt à la clé.

Pour aller plus loin sur la gestion du stock en amont — éviter justement d'arriver à ce point — voir notre guide sur la gestion de stock et le sur-stockage.

Sources : loi n° 2016-138 du 11 février 2016 (loi Garot), articles L.541-15-5 et suivants du Code de l'environnement, article 238 bis du Code général des impôts, modèles de convention de don alimentaire du ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire (agriculture.gouv.fr).

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